Le ROAST : ce format de clash organisé qui nous vient d'outre-Atlantique

May 7, 2026
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Le roast arrive en France : mais ça prend du temps

Le roast. Un format qui consiste à mettre quelqu'un sur le gril, en public, devant témoins, et à lui envoyer des punchlines qu'il est tenu de recevoir en souriant. La cible le sait en avance, elle accepte, elle encaisse, et parfois elle répond. Tout le monde rit. Le contrat est clair.

Aux États-Unis, ce format a une longue histoire. Il a été popularisé en 1974 par Dean Martin dans son émission télévisée Celebrity Roast, puis repris de 1998 à 2002 par la chaîne Comedy Central. Depuis, il est devenu l'un des formats les plus puissants du divertissement américain, au point que Netflix en a fait une pièce maîtresse de sa stratégie humour. La preuve ce week-end : le 10 mai dernier, dans le cadre du Netflix Is A Joke Fest 2026, The Roast of Kevin Hart était diffusé en live depuis le Kia Forum de Los Angeles, animé par Shane Gillis, avec un plateau d'invités comprenant The Rock, Katt Williams, Tom Brady, Pete Davidson et Chelsea Handler. Rien de moins. Un événement suivi par des millions de personnes, traité comme un moment culturel majeur.

En France, on a longtemps regardé tout ça de loin.

Une culture de l'autodérision différente

Le problème n'est pas que les Français ne savent pas se moquer. Ils savent. Mais pas nécessairement d'eux-mêmes, et encore moins dans un cadre aussi codifié. Le roast américain repose sur un paradoxe culturel précis : plus la cible est aimée, plus on la malmène, et c'est précisément parce qu'on l'aime. En France, la tradition de l'humour est davantage celle du sketch, du jeu de mots, de l'observation sociale. La moquerie frontale, personnelle, assumée publiquement, ça frotte contre quelque chose dans la culture française, quelque chose qui a du mal à séparer la vanneuse de l'insulte.

Il y a eu des tentatives de l'amener, timidement. Les émissions de plateau avec leurs séquences de clashe entre chroniqueurs, les Battle de Montreux, les quelques soirées "open floor" dans les comedy clubs parisiens où les humoristes se tirent dessus entre eux. Mais rien de structuré, rien d'assumé comme format à part entière.

Jusqu'à maintenant.

Le Djadel Show : le premier vrai test

C'est Ilyes Djadel qui, sur YouTube, a fait une des premières tentatives sérieuses avec le Djadel Show. Le concept : réunir des créateurs de contenu et des personnalités, les asseoir face à des roasteurs, et laisser partir les vannes. L'épisode qui a marqué les esprits reste celui où Sarah Lélé s'en prend à Keblack, le chanteur, avec une précision et une désinvolture qui ont montré que le format pouvait fonctionner en français. La saison 2 est en préparation.

Ce que le Djadel Show a prouvé : l'appétit est là. L'audience française est prête à consommer du roast, à condition que les protagonistes soient assez à l'aise avec eux-mêmes pour jouer le jeu, et assez drôles pour que ça tienne.

The Joke et the Roast Comedy : le live s'y met

Du côté des comedy clubs, The Joke à Paris a franchi le pas en organisant des soirées de roast thématiques. La dernière en date : un roast 100% football, avec Hakim Jemili, Kyan Khojandi, Hugo Le Van, Sarah Lélé et Paul de Saint Sernin réunis sur scène. Le pitch est simple et malin : prendre un sujet universel, le foot, et laisser des experts de la vanne l'éplucher en live devant un public. Zéro pitié annoncée.

La scène live est souvent le meilleur laboratoire pour un format qui a besoin de se tester, d'échouer, de s'ajuster avant d'arriver à la télé ou au streaming.

Dans la sauce : Netflix France passe à l'acte

Et c'est précisément là que Netflix France entre en jeu. Le 3 juin prochain arrive "Dans la sauce", la première émission de roast française sur Netflix, animée par Paul de Saint Sernin. Le principe : deux équipes s'affrontent à coups de vannes, avec le public comme arbitre du rire. Le premier numéro oppose les champions du monde de France 98 aux champions du monde de France 2018. Les dossiers planqués, les secrets de carrière et les moments gênants s'enchaînent avec une seule consigne : faire rire, quitte à tout balancer.

Paul de Saint Sernin, qui avait déjà montré ses qualités de sniper dans Quelle Époque ! et son sens du timing dans LOL, endosse ici pour la première fois le rôle de présentateur. Autour de lui : Hakim Jemili, Pablo Mira, Kheiron, Monsieur Poulpe, Emy, Hugo Le Van et Sarah Lélé. Un casting qui dit beaucoup sur l'état du stand-up français en 2026 : une génération qui a grandi avec le format américain, qui le connaît, et qui a envie de le faire sien.

Pourquoi maintenant ?

Plusieurs raisons convergent. D'abord, une génération de comédiens français suffisamment à l'aise avec l'autodérision et le clash pour porter le format. Ensuite, une audience habituée au roast via les contenus américains disponibles sur les plateformes. Et enfin, une culture stand-up française qui a mûri en dix ans, avec des comedy clubs partout, des specials Netflix, des tournées qui font des zénith.

Le roast n'est pas un format qu'on importe tel quel. Il faut qu'il soit digéré, francisé, adapté. Les Américains moquent la hauteur de Kevin Hart. En France, on se moquera d'autre chose, avec d'autres codes, d'autres références. C'est ce travail d'adaptation que la scène live est en train de faire, que le Djadel Show a commencé à dessiner, et que Netflix va tenter de valider à grande échelle le 3 juin.

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