
Lotfi Abdelli condamné en Tunisie : l'exil forcé d'une star du stand-up
Lotfi Abdelli, figure majeure de la scène humoristique tunisienne, a été condamné à de la prison ferme par la justice tunisienne. L'artiste, qui a quitté son pays en 2022 après plus de deux décennies de carrière, paie le prix de propos tenus sur scène jugés offensants envers les forces de l'ordre.
Depuis plus de vingt ans, Lotfi Abdelli était une institution en Tunisie.Télévision, cinéma, scène : l'humoriste cumulait les succès et s'était construit une légitimité artistique solide. Mais le contexte politique s'est resserré autour de lui. Multiples procédures judiciaires, pressions croissantes, ligne rouge franchie : l'artiste a compris qu'il devait partir. En 2022, il quitte tout pour la France.
À Paris, Lotfi Abdelli doit tout réinventer. Fini la Tunisie, fini l'arabe tunisien, fini le public qu'il connaît par cœur. Il arpente les comedy clubs parisiens et découvre un exercice qu'il ne maîtrise pas : faire de l'humour en français. C'est un nouveau départ, quasi depuis zéro, pour un artiste de sa stature.
La condamnation tombe hier pour un sketch dans lequel il se moque des forces de l'ordre. Lotfi Abdelli ne peut pas retourner dans son pays natal sans risquer l'incarcération.
Loin de se laisser abattre, l'humoriste réagit sur les réseaux sociaux. Il publie une vidéo pour commenter cette décision et annonce qu'il travaille sur la traduction de ce fameux sketch. Une façon de dire : je ne me tais pas, je vous le remets sur la table, en français cette fois. Un acte de défi artistique, presque poétique dans son absurdité.
Pendant ce temps, à Paris, la vie continue. Lotfi Abdelli performe au Théâtre BO Saint-Martin, les vendredis et samedis soir. Son spectacle s'appelle « Je Suis Bien Chez Vous ». Le titre en dit long : c'est une maison d'accueil, une déclaration de principe. On peut le voir, le soutenir, découvrir cet artiste qui a tout plaqué pour continuer à faire rire.
L'histoire de Lotfi Abdelli résume un malaise contemporain : celui des artistes face à des régimes qui ne supportent pas la critique, qui confondent l'humour avec l'insolence politique. Mais elle raconte aussi une forme de résilience. L'exil forcé n'a pas tué le comédien. Il l'a juste obligé à changer de langue.
