
Après six ans d'absence, Marc Fraize ressort son costume de « Monsieur Fraize » du placard. L'humoriste reprend possession de la scène de l'Européen, ce théâtre qui l'a accueilli pendant deux ans et où il revient comme on rentre chez soi. Une résurrection comique signée par celui qui règne sans partage sur l'absurde et les silences qui tuent.
Il y a un truc fascinant chez Marc Fraize : sa capacité à transformer le malaise en matière première. Pendant que d'autres humoristes courent après les applaudissements, lui cultive les blancs, ces trous vertigineux où le public ne sait plus s'il doit rire ou se demander ce qui se passe. « Monsieur Fraize », c'est justement ça : un personnage décalé jusqu'à la fibre, qui vit dans un univers où les codes sociaux se disloquent gentiment. Le roi de l'absurde, quoi. Pas besoin de punchlines usées : juste la gêne, la tension, l'étrange beauté du décalage.
Pendant six ans, Marc Fraize a laissé ce spectacle reposer. Pas par abandon, mais par choix artistique. Il s'est concentré sur un autre monstre de scène : « Madame Fraize », la compagne décalée, tout aussi hors normes que son pendant masculin. Histoire de ne pas mettre tous les œufs absurdes dans le même panier. C'est intelligent comme stratégie : explorer tous les recoins de son univers comique sans verser dans la redite. Mais six ans, c'est long. Le public avait du mal à attendre.
Le retour se fera en deux temps à l'Européen. D'abord « Monsieur Fraize », les 16, 17 et 18 juin, histoire de réhabituer le public à ce mélange détonant de silence et de présence. Puis viendra « Madame Fraize » les 23, 24 et 25 juin, pour ceux qui voudraient voir l'autre facette du diamant décalé fraizien. Deux spectacles en trois semaines : la promesse d'une immersion complète dans l'univers de cet artiste qui refuse catégoriquement de faire sourire facilement.
Marc Fraize ne rentre pas pour faire du remplissage. Il revient parce que ce spectacle a quelque chose à dire, ou plutôt à ne pas dire. Car finalement, c'est le silence qui parle chez lui. Et c'est peut-être ça que le public avait manqué : ces moments où on ne sait pas où on est, où le rire croise l'inconfort, où la comédie devient presque philosophique sans le dire.
