Merwane Benlazar de retour sur France Télévisions : la revanche ironique après le scandale du bonnet

Hier soir, lors de la 37ᵉ Cérémonie des Molières, Merwane Benlazar a fait son grand retour sur le service public français. Un retour symbolique, proposé par Alex Vizorek en tant que maître de cérémonie, qui revêt une charge émotionnelle non négligeable après les turbulences de ces derniers mois.
Car c'est en janvier 2025 que l'humoriste avait fait sa dernière apparition sur les antennes de France Télévisions. Invité sur le plateau de C à Vous pour sa première chronique en tant qu'humoriste, Merwane Benlazar aurait dû entamer une collaboration prometteuse. Il n'en a rien été.
Un bonnet devenu symbole politique
Le coupable ? Un simple bonnet Zara. Jugé « trop islamiste » par une frange de la fachosphère, cet accessoire a déclenché une tempête médiatique disproportionnée. Ce qui aurait pu rester une anecdote cosmétique s'est transformé en affaire de société, remontant jusqu'aux plus hautes sphères de l'État. Le Sénat s'en est saisi, offrant une caisse de résonnance inédite à la controverse.
Rachida Dati, alors ministre de la Justice, n'avait pas hésité à trancher publiquement. L'intéressée avait assuré que Merwane « ne sera plus à l'écran » sur les chaînes du service public. Une promesse politique lourde de conséquences, qui visait à satisfaire une base électorale sensibilisée aux questions identitaires. Ce qui frappait à l'époque, c'était l'absence de proportion : un humoriste sanctionné pour son apparence vestimentaire, dans un contexte de censure à peine voilée.
L'ironie d'une situation devenue ironique
Hier soir, au cœur de la 37ᵉ Cérémonie des Molières, Merwane Benlazar a souligné l'ironie de la situation. Avec le sourire, l'humoriste a noté que Rachida Dati n'était plus ministre, ni même maire de Paris. Les responsabilités politiques changent, les carrières se font et se défont. Mais lui, contrairement à ceux qui avaient tenté de le censurer, était bel et bien « de retour sur France Télévisions ».
Ce retour sur les antennes du service public représente bien plus qu'une simple réintégration professionnelle. C'est une affirmation, un pied de nez à la censure morale que certains tentent d'imposer sous couvert de défense des valeurs républicaines. Le choix d'Alex Vizorek de proposer ce retour à la Cérémonie des Molières, temple du théâtre et de l'humour français, n'est pas anodin. C'est un acte de solidarité envers la liberté d'expression dans le monde du spectacle.
Un symbole pour la liberté créative
L'affaire du bonnet Zara aura finalement servi de révélateur. Elle a exposé les tensions qui travaillent le débat public français, entre une volonté de surveillance morale des apparences et la défense des libertés individuelles. Elle a aussi montré comment une polémique sans fondement peut être amplifiée par des mécanismes politiques cyniques, dans le but d'alimenter des clivages.
En revenant hier soir sur France Télévisions, Merwane Benlazar rappelle une vérité essentielle : les tentatives de censure, même orchestrées depuis des positions de pouvoir, ne durent pas éternellement. Les politiciens passent, mais l'humour et la création restent. Et ce qui avait été présenté comme une interdiction définitive s'avère être un simple intermède, rapidement oublié face au poids de la réalité et des changements politiques.
La Cérémonie des Molières de cette année restera peut-être moins pour ses distinctions que pour cet instant où un humoriste a pu sourire en constatant que la censure, finalement, n'avait rien changé à sa trajectoire.
